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26/04/2013

Suzanne et le taudis...

maurice bardèche,suzanne bardèche,suzanne et le taudis,patrick besson« Maurice Bardèche était le beau-frère de Robert Brasillach. Il entra dans la Collaboration après la Libération, ce qui était pousser loin l’anticonformisme. Il fallait beaucoup de cran ou d’étourderie à un intellectuel français pour devenir fasciste en 1945. Bardèche raconte, dans « Suzanne et le taudis », les difficultés matérielles qui suivirent son engagement dans une cause résolument perdue. Chassé de l’Université, des journaux, et en fait d’un peu partout, Maurice se trouve bien en peine d’assurer une vie décente à sa femme et à ses enfants, et c’est avec une bonne humeur incassable qu’il leur offre une existence indécente. Le premier logement des Bardèche à Montmartre est surnommé le Taudis. Suzanne, bourgeoise de province, en prend son parti, mais ce n’est pas le même que celui de Maurice, c’est celui de la vie quotidienne, de l’amour des enfants, de l’entente avec les voisins et de l’affection des commerçants. Cette belle jeune femme fantasque charme tout le quartier, y compris quand son mari se retrouve en prison pour avoir, dans un livre resté célèbre chez les bouquinistes pour son prix prohibitif, critiqué le procès de Nuremberg. C’est bizarrement chez les communistes que Suzanne Bardèche, ex-Brasillach, trouve le plus de compréhension et de secours. Le fasciste et le communiste sont des proscrits naturels, ontologiques; ils se comprennent et s’entraident comme le bourgeois de gauche et le bourgeois de droite, leurs homologues en meilleur santé physique, morale et financière.

Bardèche excelle dans la peinture de la vie de famille d’extrême droite. Règne du désordre total. Il décrit, avec une ironie conviviale, les bonnes bretonnes et les départs en vacances au Canet. Raconte comment une famille de sept personnes peuvent passer une nuit exquise dans un wagon de troisième classe. Obligés sommes-nous de le croire sur parole, puisqu’il n’y a plus de familles de sept personnes ni de troisième classe ! Scènes inoubliables où le jeune Antoine Blondin vient porter de l’eau chez les Bardèche pour le bain du dernier-né, où Mme Otto Abetz vient discuter avec Maurice du moyen de sortir son mari de prison, où Marcel Aymé s’installe dans le salon des Bardèche dans le seul but de se taire pendant plusieurs heures. Les années 60 n’ont pas été que celles de Sartre et Camus, grandes consciences et vastes talents largement commentés par les médias de l’époque. Il y eut aussi, dans les petits appartements des quartiers excentrés, le bal des écrivains maudits. Discussions sans fin ni moyens. Soirées d’opprimés avec mauvais vin rouge et mauvaise conscience. « Suzanne et le taudis », qui ne sera pas réédité – par Plon, son éditeur originel, ou qui que ce soit d’autre – avant 2500 ou même 3000, est le récit irremplaçable d’une époque oubliée, condamnée. Je ne prêterai mon exemplaire à personne. Débrouillez-vous ! »  

 

Repris de « Bardèche, maman, la bonne et moi », in « Solderie »,  

Patrick Besson Mille et une nuits, 2004.

 

05/11/2012

Sparte et les Sudistes

Pour bien des gens, la disparition des qualités viriles, ou plus exactement leur dévaluation, n'est qu'un accident transitoire, qui n'est ni aussi désastreux qu'on le dit, ni aussi irréparable, ni aussi complet. Ils attestent les parachutistes qui leur ont fait grand peur et les astronautes qui leur inspirent une grande admiration. Je leur concède bien volontiers que le courage, les tireurs d'élite, et les recordmen n'ont pas tout à fait disparu du monde où nous vivons Je ne voudrais toutefois pas qu'ils se laissent prendre à ces apparences qui sont fort peu représentatives de notre tournure d'esprit. Et je souhaiterais qu'ils voient un peu mieux les conséquences de ce qu'ils ont accepté.

Car, d'abord, ce que l’aggiornamento de la civilisation nous invite à rejeter, c'est toute une partie instinctive, il faudrait presque dire animale de l'homme qui était, nous ne le comprenons pas assez, une de ses armes contre le machinisme et l'uniformisation.

Le courage, l'endurance, l'énergie, l'esprit de sacrifice même, sont chez l'homme des qualités de « bête », du robustes et primitives qualités de mammifères qui le classent parmi les animaux nobles qui survivent par leur force et leur intelligence. Je me demande si la loyauté, même, si étrangère aux animaux, n'est pas une de ces qualités pour ainsi dire biologiques : on naît avec une certaine noblesse dans le sang. Ces qualités tout animales ont fixé autrefois le classement des hommes. A l'origine des castes que toutes les grandes civilisations ont établies, il n'y a rien d'autre que leur existence et leur transmission. Ces qualités n'appartiennent pas exclusivement à ce qu'on appelle dans notre histoire la « noblesse d'épée ». Ce sont aussi les qualités des pionniers, celles des bâtisseurs de villes, celles des reîtres et des légionnaires : et ce sont aussi celles du peuple quand une cause ou une nécessité lui met les armes dans les mains. Il n'y a rien de grand dans l'histoire des hommes qu'on ait fait sans que ces qualités du sang y aient quelque part. Je ne vois que les premiers chrétiens qui les aient refusées, passagers parmi les hommes comme sur une terre étrangère, indifférents à tout sauf à ce qu'ils diraient devant leur Juge.

Cette part instinctive de l'homme, cette part animale de lui-même, le ramène sans cesse à lui et par là elle lui sert de défense, elle est même sa terre d'élection à la fois contre les dénaturations intellectuelles qu'on cherche à lui imposer et aussi contre le gigantisme et les cancers qui naissent de la civilisation industrielle. Elle lui rappelle sa vocation paysanne, sa vocation familiale, sa vocation de défenseur et de petit souverain de sa maison et de son champ, elle le remet à tout moment à « l'échelle humaine ». Et, par ce rapport et ce retour, elle le protège contre l'inondation qui naît périodiquement des passions des hommes, contre le déchaînement planétaire de la cupidité ou des idéologies. Nous avons tous en nous la barque de Noé, mais nous n'avons qu'elle.

C’est cet appel au plus profond de nous-mêmes qui a été brisé à notre insu en même temps qu'on dévaluait les qualités par lesquelles il s'exprime. Au contraire, le vainqueur dans la guerre de religion qui s'est déroulée est le pédantisme progressiste.

Il nous impose, pour commencer, une définition abstraite et rationnelle de l'être humain, il en déduit les croyances qui doivent alors logiquement s'imposer à tous et créer chez tous les hommes des réactions communes, il définit une conscience équipée et guidée artificiellement et pour ainsi dire, industriellement, et enfin, en application de ces croyances, il élabore les modes de vie que l'homme doit accepter s'il veut devenir un produit normalisé de la société industrielle, et aussi la mentalité qu'il doit acquérir pour être parfaitement dépersonnalisé et devenir l'homme grégaire dont une civilisation fonctionnelle a besoin.

C'est cette refonte totale de notre vie que la plupart des gens n'aperçoivent pas, car ils ne voient pas les liens entre ces deux domaines du pédantisme progressiste. L'uniformisation des existences leur paraît un effet inéluctable de la civilisation industrielle, l'alignement conformiste, un effet transitoire de la propagande. En réalité, ces deux résultats proviennent de l'application d'un même mécanisme de l'abrutissement, il s'agit dans les deux cas d'une rationalisation de l'être humain, qui porte sur la vie extérieure d'une part et sur la vie intérieure d'autre part, et qui a pour objectif le descellement, l'extirpation et la destruction de toute personnalité.

 

Extrait de : « Sparte et les Sudistes » / Maurice Bardèche.

© Pythéas, 1994 / ISBN 2-910082-00-8

 

Maurice Bardèche, Sparte et les Sudistes